Cette année 2005 aura vu un développement exceptionnel de l'activité de l'association que j'ai l'honneur de présider depuis maintenant six ans. Outre nos actions traditionnelles, exercées par Droits d'Urgence seule ou en association avec nos partenaires habituels, l'association a renforcé sa présence dans deux mileux apparemment opposés l'un à l'autre : le tissu urbain et le milieu carcéral.
Depuis plusieurs années, la ville est le terrain privilégié de l'éclosion de nombreux dispositifs d'accès au droit pour les personnes qui sont traditionnellement à l'écart du droit. C'est ainsi qu'à Paris en région parisienne, de nombreux points d'accès au droit ont vu le jour permettant à chacun d'obtenir au moins une information sur ses droits, délivrée par des spécialistes des domaines concernés. Droits d'Urgence est particulièrement engagée dans ce mouvement par la coordination de deux points d'accès au droit à Paris et l'intervention de juristes salariées de l'association dans plusieurs points d'accès au droit en Seine Saint Denis.
Une action similaire est conduite en milieu carcéral et je trouve particulièrement significatif à cet égard que la terminologie utilisée pour désigner le dispositif soit identique à celle du milieu ouvert. On parle également de Points d'Accès au Droit en prison … et l'on fait d'ailleurs plus que d'en parler, puisqu'on en crée de nouveaux et que l'on renforce ceux qui existent. Ainsi, nous sommes présents (et de plus en plus) à la Maison d'arrêt de la Santé, à celle de Fresnes, où nos juristes reçoivent des détenus, les renseignent sur leurs droits, et les aident à préparer leur réinsertion par ce biais.
Milieu ouvert, milieu fermé, en apparente opposition, mais en réalité en totale complémentarité, l'une et l'autre démarche participant pleinement d'un exercice souverain des droits humains, afin de gagner chaque jour un peu plus de terrain contre l'exclusion.
Ainsi, depuis maintenant plus de dix ans, notre association est devenue un acteur de référence de cette lutte contre l'exclusion comme le montrent également ces autres signes emblématiques tels que la réalisation d'un film retraçant l'expérience d'usagers et de juristes de l'association ou la mission confiée par Dalloz, en collaboration avec Emmaüs France, de rédiger un Code des Droits contre l'Exclusion…
Et pourtant, alors que l'exclusion demeure plus que jamais d'actualité, et malgré cette reconnaissance de notre action, il nous faut nous battre aujourd'hui, peut-être encore davantage qu'hier, pour pouvoir poursuivre notre combat, pérenniser les emplois que nous avons créés dans ce domaine novateur … en bref, il faut nous assurer de la continuité des financements que nous recevons, et en trouver de nouveaux, dans un contexte défavorable de rétrécissements des fonds publics.
La tâche n'est pas facile et c'est sur cette note quelque peu préoccupante que je veux clore ces quelques lignes introductrices en vous remerciant les uns et les autres de votre soutien.